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Edito - Uber sera-t-il ubérisé avant d'avoir jamais rien ubérisé ?

Edito - Uber sera-t-il ubérisé avant d'avoir jamais rien ubérisé ?
Bertrand Lemaire est rédacteur en chef de CIO

Le néologisme ubériser est un non-sens. L'innovation disruptive bousculant le marché est pourtant bien une réalité.

Qui n'a pas le sentiment de pouvoir être uberisé ? C'est la dernière maladie à la mode. Laissez tomber la dépression, la schizophrénie et autres syndromes justifiant que vous puissiez raconter vos séances de psy (-chologue/-chiatre/-chanalyste) lors des soirées mondaines. Maintenant, il faut raconter comment vous allez vous faire ubériser. Ou pas.
Rarement un néologisme à la mode aura été autant un non-sens. Pourtant, de nombreuses grandes entreprises sont effectivement sous la menace d'une uberisation, c'est à dire d'une innovation disruptive rebattant les cartes sur le marché. Cette innovation disruptive peut être l'apparition de nouveaux modèles économiques, par exemple la voiture de location libre service (Autolib à Paris). Elle peut être une technologie nouvelle qui rend les anciennes totalement obsolètes du jour au lendemain (plus rare). Elle peut prendre mille autres formes.

Uber uberisé

Mais le néologisme uberiser fait référence à la start-up américaine Uber. Celle-ci fait peur aux taxis. Soit. Comme les patrons de cafés-restaurants, les chauffeurs de taxis parlent beaucoup avec beaucoup de gens et leurs peurs deviennent vite des paniques collectives, bien entendu très souvent peu rationnelles.
Or que fait Uber ? Il met en relation un passager avec un chauffeur doté d'un véhicule. Quelle innovation disruptive voyez-vous avec n'importe quelle centrale de taxis ? La seule différence, c'est le non-respect des règles rigides encadrant la profession d'artisan-taxi. Point. Autrement dit : Uber est un loup libéral cassant les gardes-fous sociaux-démocrates. Voire un délinquant quand il favorise le travail au noir.
Certes, les chauffeurs Uber sont réputés, comme n'importe quel chauffeur de VTC, pour un service meilleur que celui des taxis traditionnels. Là encore, point de disruption, juste une amélioration basique de l'accueil client.
Mais cette start-up pourrait bien être ubérisée avant d'avoir réellement pris son envol en terme de chiffre d'affaires. Rappelons en effet que sa valorisation boursière stratosphérique ne repose que sur la spéculation, absolument pas sur une quelconque valeur économique démontrée.
Tout d'abord, les chauffeurs ont soudain pris conscience que le fait de ne pas être salarié, ni lié d'une quelconque façon ferme à Uber (contrairement aux taxis qui doivent souvent louer leur licence à leur centrale), leur donnait la liberté de garder la valeur pour eux seuls, en même temps qu'ils reprenaient leur autonomie. Ainsi est est né VTC Cab comme le mentionnait nos confrères de France Info.
Et puis, nous l'avons dit, les taxis ont peur. Vu le pouvoir de nuisance politique de ces braves gens, une solution a rapidement été trouvée par le gouvernement pour les calmer. Il s'agit d'une plate-forme open-data de mutualisation entre centrales de taxis pour optimiser la réservation, utilisant de surcroît un des nouveaux gTLD (le .taxi en l'occurrence).
Désintermédiation et open-data : voilà de la disruption ! Et voilà Uber uberisé avant même d'avoir commencé à réellement uberiser quelque chose.

L'uberisation, les DSI connaissent

Si on doit chercher une uberisation sur le marché du transport, il est plus simple de la chercher avec une origine made in France. Il y a bien sûr BlaBlaCar qui a révolutionné l'autostop. Et il ne faut pas oublier Autolib, déjà mentionné plus haut. Les start-up de la SNCF comme Voyages-SNCF et Ouïgo peuvent également être citées.
Les DSI, eux, ont déjà rencontré l'uberisation. Cela s'appelle le SaaS choisi en mode Shadow IT par les métiers. L'exemple typique (et désormais archaïque) est Salesforce.
Et l'histoire a permis de constater que, souvent, l'uberisation montre ses limites. Après la panique vient la rationalisation. Et une solution vraiment adéquate, comme un système d'information hybride avec une saine gouvernance.

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