Tribunes

Edito - La rentrée des budgets et la révolte des pressurés

Edito - La rentrée des budgets et la révolte des pressurés
Bertrand Lemaire est rédacteur en chef de CIO

Face à la double contrainte des fournisseurs de plus en plus gourmands et des budgets en peau de chagrin, les DSI commencent à se révolter.

Encore une fois, c'est la rentrée. Ah, le mois de Septembre ! Si au moins nous avions droit à un été indien. Il ne faut guère y compter ma pauvre dame, avec cet été pourri qu'on a déjà eu. Et, comme tous les ans, c'est le moment de préparer les budgets de l'année à venir. Bien entendu, il est fort à parier qu'il faudra encore trouver une manière de les réduire.
Mais certains fournisseurs ne l'entendront pas de cette oreille, multipliant les procédures d'audits de licences pour essayer de trouver un défaut, une non-conformité, et glisser ainsi un pied de biche dans l'interstice pour forcer le coffre du budget. Abandon des sanctions contestables contre nouveau contrat juteux.
Mais ça, c'était avant.

Quand la tête du DSI tombe

Cette année, en effet, les DSI ont appris à se défendre. Il est vrai qu'ils n'ont guère le choix. Car, quand un fournisseur parvient à forcer le coffre budgétaire, certains DSI le payent de leur tête. Boum. Changement de DSI. C'est toujours désagréable pour l'intéressé. Et c'est aussi très désagréable pour l'entreprise qui voit ses coûts s'alourdir.
Assez curieusement, les campagnes publicitaires régulières des éditeurs de logiciels contre le piratage mettent en avant un nombre imaginaire d'emplois qui seraient détruits parce qu'ils ont une perte de chiffre d'affaires. Le principe est simple : vous prenez le chiffre d'affaires non-généré, divisé par le coût moyen d'un employé et vous obtenez un nombre. Qu'aucune entreprise n'ait jamais créé le moindre emploi uniquement parce qu'elle avait plus de rentrée d'argent n'arrête pas ce genre de discours. Pour embaucher, il faut en effet avoir l'utilité de la nouvelle ressource humaine.
Bizarrement, jusqu'à preuve du contraire, aucun emploi n'a, semble-t-il, jamais été créé chez un éditeur suite à des recouvrements contentieux chez ses clients. Et, bizarrement, il n'est jamais fait mention du nombre d'emplois réellement détruits dans des entreprises utilisatrices (internes ou dans les SSII sous-traitantes) qui doivent en catastrophe réduire leurs coûts à cause d'un audit de licence qui se passe mal. Pourtant, dans ce sens là, l'effet est beaucoup plus net. Et bien des projets sont ainsi arrêtés, projets qui auraient pu permettre d'autres créations d'emplois, hors IT, ultérieurement.

La gourmandise est un péché capital

Bien entendu, il est parfaitement légitime pour un éditeur de défendre ses droits. Mais à condition que ceux-ci soient défendables. Avec des conditions commerciales changeantes, complexes voire incohérentes, et surtout bien souvent sans aucun lien avec une réalité économique (on trouve ainsi encore des licences au processeur par exemple), sans oublier des absurdités techniques (comme une licence au processeur à l'heure des machines virtuelles), les droits revendiqués ont un goût de léonin.
Certains projets innovants se retrouvent parfois mis en péril par ces modes de licences qui n'ont aucun sens. Typiquement, vouloir imposer aux entreprises utilisatrices de payer des licences pour des objets connectés injectant des données dans le système d'information n'a strictement aucun sens économique, aucune légitimité. Mais comment une entreprise pourrait-elle se lancer dans un projet d'objets connectés avec une épée de Damoclès de plusieurs millions d'euros sur la tête ?
Les éditeurs ont parfois oublié que la gourmandise est un péché capital. Et la sanction peut être brutale. Car les DSI, aujourd'hui, ripostent. Voire tirent les premiers.

Les éditeurs sur siège éjectable

Beaucoup d'éditeurs sont persuadés qu'ils sont totalement indispensables et qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent. Erreur !
Déjà, ils oublient que des contrats engagent chacune des deux parties. Ainsi, on m'a raconté la délicieuse histoire d'un éditeur américain ayant voulu changer ses conditions alors que nous étions dans le cadre d'un marché public. Le service juridique de l'organisme utilisateur lui a rappelé vertement quelques règles avec de lourdes sanctions financières à la clé s'il persistait dans sa voie.
Un certain éditeur américain de bases de données a appris qu'il n'était pas si indispensable que cela. A force de tirer sur la corde, elle s'est rompue. Pour avoir voulu imposer une croissance de son chiffre d'affaires, il a tout perdu chez un grand client emblématique. Et la contagion gagne en ce moment.
Sous la pression des budgets en peau de chagrin, les DSI regardent attentivement tout ce qui peut être réduit ou supprimé. Les solutions open-source regagnent en popularité. Bien entendu, l'open-source n'est pas gratuit (seules les licences le sont) mais, au moins, si un fournisseur exagère, on peut plus facilement se passer de ses services.
La voracité des éditeurs amène simplement, aujourd'hui, la rentabilité directe et à court terme des projets de migration vers des solutions alternatives, même à iso-fonctionnalités. Oui, la gourmandise est un péché mortel.

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