Tribunes

Edito - Des conséquences IT de la culture américaine

Edito - Des conséquences IT de la culture américaine
Bertrand Lemaire est rédacteur en chef de CIO.

En matière d'IT, notamment de gestion des données, les Européens ont acquis des réflexes que les Américains ne comprennent pas.

Même si on peut désigner l'Europe et les Etats-Unis sous le vocable d'« Occident », il n'en demeure pas moins que bon nombre de réflexes culturels sont très différents, y compris en matière d'IT, ce qui a un gros effet sur les relations entre entreprises des deux côtés de l'Atlantique. Je ne parle pas de l'obligation bien naturelle de payer ses impôts. Il s'agit plutôt de la question de la souveraineté, notamment sur les données.
En Europe en général et en France en particulier, la localisation des données est un élément essentiel. Il ne s'agit pas juste d'assurer leur sécurité mais également leur maîtrise et leur protection à l'égard d'autorités étrangères indiscrètes. Il ne faudrait pas être réduit à crier « Mes données ! Mes données ! ».

Cloud public ou privé

L'autre jour, je discutais avec le directeur général de la filiale française d'un éditeur spécialisé dans la gestion des données. Et il m'expliquait combien ce réflexe naturel était totalement absent aux Etats-Unis. Au point que les Américains ne comprennent absolument pas cette obsession européenne, la prenant parfois, peut-être, pour du protectionnisme.
En matière d'évolution IT, nous voyons tout de suite la première conséquence quand on regarde les grandes tendances technologiques. Car qui dit cloud, par exemple, dit que les données ne sont peut-être pas à un endroit très maîtrisé. Aux Etats-Unis, les cumulo-nimbus ne font pas peur. En Europe, on préfère le générateur de brouillard dans une boîte de nuit : un nuage, d'accord, mais dans des murs bien solides avec un toit au-dessus. Bref, du cloud privé. Et si le nuage est public, c'est du genre nuage de Tchernobyl, qui s'arrête aux frontières. Peut-être avec le même degré d'illusion, d'ailleurs, malgré les belles promesses des grands prestataires de cloud public. Du coup, mettre son système d'information dans le cloud est sans doute plus facile aux Etats-Unis qu'en Europe.

Inconscience ou différence culturelle ?

Est-ce que les Américains sont totalement fous ? Certes, ils n'ont pas connu certains traumatismes sur les données personnelles comme Safari. Mais ils ont connu l'Affaire Snowden ! Les données baladeuses devraient donc leur inspirer quelques craintes, tout de même.
En fait, si la localisation des données ne leur pose pas de vrai problème, c'est plus qu'ils ont une confiance absolue dans le système contractuel privé. Un fournisseur s'engage à fournir un certain service avec une certaine sécurité. Banco. Point final. On passe à la suite. En Europe, notamment en France, on va exiger mille garanties légales, des certifications administratives, des garanties apportées par l'Etat voire une réglementation obligatoire. La bonne parole (même écrite) des fournisseurs sera toujours regardée avec méfiance voire défiance. Cette attitude a l'avantage de la fiabilisation et de la vérification, l'inconvénient de la lenteur et des réticences envers certaines évolutions intéressantes.
Cette différence culturelle essentielle ne se remarque pas seulement sur le traitement des données. Un commentateur sur une récente interview du CIO de General Electric pointait ainsi un élément amusant : il n'y a pas vraiment de shadow IT chez GE simplement parce que le CIO a donné des règles de sécurité et ensuite chacun a la liberté de choisir son outils sous la seule contrainte de respecter les dites règles, point sur lequel on va a priori lui faire confiance. On est loin du principe « aucune tête ne dépasse, chacun fait ce qu'on lui dit » appliqué dans la plupart des entreprises françaises et européennes.

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